La Barasse

La Barasse : c'est avant tout des vallons sauvages aux portes de la ville

Souvenez vous : la Barasse, c'est le point de départ des épiques parcours pédestres du "petit Marcel". Bon, vous n'avez quand même pas oublié l'angoissant épisode de la dernière porte du canal de Marseille ?

Vestiges des fours à chaux - Vallon de la Barasse

Et oui, le chemin entre la Barasse et la Treille, ce sont ces lieux merveilleux que Marcel Pagnol nous fait découvrir avec émotion dans les trois tomes de ses "Souvenirs d'enfance".

Mais le quartier de la Barasse, ce n'est pas que cela : c'est non seulement un ancien quartier industriel, excentré à l'Est de la ville (dont l'une des explications de son nom viendrait du fait qu'en 1615, la majeure partie de ses terrains appartenait à la famille "Baras"), mais c'est aussi sept cents hectares de collines, au dessus de la vallée de l'Huveaune, entre Marseille et Aubagne, propriété depuis 1992 du Département.

Il vous faut savoir que c'est un véritable paradis pour le randonneur : on y admire des paysages exceptionnels contrastés par la nature tout d'abord arborée (de pins et de chênes) et hantée de curieux vestiges de fours à chaux et de carrière, puis sèche et rase avec la présence, devenue aujourd'hui insolite, de bergeries sur les hauteurs.

Les matinaux auront, paraît-il, la surprise d'y voir des perdreaux, et pour les autres, toute la journée y jacassent les pies, tandis qu'en silence, courent les lapins et sautent les écureuils, bien à l'abri dans des vallons verdoyants qui mènent jusqu'aux pieds du mont Saint-Cyr et au sommet de Carpiagne (à près de 600 mètres d'altitude quand même, déjà plus qu'une colline, c'est une petite montagne) et d'où vous aurez une vue magnifique, avec la chaîne de l'Étoile en point de mire, sans oublier de vous arrêter dans un endroit magique : la source des Eaux Vives.

Enfin, la barasse, c'est aussi une histoire industrielle un peu négligée aujourd'hui et qui pourtant fait partie intégrante de notre passé marseillais. En effet, la fabrication de l'alumine y fut prospère, et pour autant que je saches, c'est une Société d'Électrochimie fondée en 1899 par Henry Gall qui s'installe à La Barasse et démarre en 1908 le traitement de l'Alumine (c'est "grosso modo" une composante essentielle de l'aluminium, extraite de la bauxite, ressource naturelle abondante dans notre région).

L'usine de la Barasse semble être prospère, puisqu'en 1935, elle achète l'ancienne savonnerie Trigano où elle implante une centrale thermique. L'effectif est quand même de 22 employés et 213 ouvriers en 1937. La production connaît un essor remarquable dans les années 1950 grâce à un nouveau procédé mis au point à Gardanne et qui autorise de gigantesques gains de productivité.

Et c'est ainsi qu'en 1971, le groupe électrochimique Pechiney-Ugine-Kuhlmann dispose de deux usines d'alumine en France : Gardanne et La Barasse. Mais la crise industrielle européenne de la fin du 20ème siècle conduira l'état-major de PUK à fermer un des deux établissements. Et le choix du désinvestissement semble évident : l'usine marseillaise est performante car elle a été modernisée en 1967, mais elle dispose d'une capacité de production trois fois moins élevée que celle de Gardanne, et elle est déjà nettement plus enclavée dans le milieu urbain que ne l'est Gardanne.

La production de La Barasse est interrompue en 1988. C'est la fin d'une histoire… Il ne reste plus rien de l'alumine à Marseille depuis la fermeture de La Barasse. Pourtant, en nous promenant, nous pouvons y retrouver des souvenirs : le premier est celui des logements construits par Ugine, qui, s'ils n'ont plus de liens juridiques avec le groupe Pechiney, sont encore très visibles dans le paysage urbain et le deuxième est bien entendu le site de l'usine lui-même qui est devenu une friche industrielle et qui fait l'objet de multiples projets d'affectation.

GPS (Lat N/Long E) : 43.283782 / 5.479109
13011 Marseille
Bus40

Texte : Coco / Photos : Loulou la Cigale, p.jojo