Avertissement au lecteur : j'ai lu cette jolie histoire sur
www.lemonde.fr et je l'ai juste un peu romancée !
Alors, du côté des femmes, les contes de fées continuent !
On y va : vous la connaissez, vous, cette femme, Carmen Colle ?
Et bien, pourtant, son portrait est apparu à la "une" du Wall Street Journal et le Guardian l'a qualifiée dans un article d'Erin Brockovich de la haute couture. Il paraît même que des chaînes britanniques et australiennes veulent réaliser un documentaire sur elle.
Vous voyez donc maintenant de qui je parle, non ?
Et oui, c’est bien de cette ancienne travailleuse sociale, animatrice de quartier, spécialisée dans l'insertion des immigrés, qui est devenue patronne de PME, au début des années 1990, au hasard d'une belle aventure appelée World Tricot. Cette idée lui est venue alors qu’elle cherchait à aider les épouses de ses clients à s’émanciper et à sortir de leur foyer : pourquoi ne pas monter un club de tricot. Qu'elles viennent d'Asie, d'Afrique ou d'Europe de l'Est, toutes ces femmes ont en commun de savoir tenir des aiguilles !
Et World Tricot dans tout çà ?
Ben, c’était il y a peu de temps, une petite entreprise spécialisée dans la confection, avec un chiffre d'affaires de 2 millions d'euros, pour 20 salariés, presque exclusivement des femmes, pour la moitié d'origines étrangères.
World Tricot est né en 1987, dans un atelier de Lure, en Haute-Saône, sous la forme d'une association pour femmes sans emploi, grâce à un chèque de 20 000 francs de la fondation Emmaüs et un appartement HLM réquisitionné auprès de la mairie. Une poignée de femmes commencent à s'y retrouver autour d'une seule machine à tricoter. Puis arrivent les premiers clients. Régionaux, d'abord, comme ce responsable de centrale d'achat de Belfort qui, au lieu des 100 pulls qu'il avait commandés, se voit livrer des débardeurs, car dans notre jolie histoire, ces femmes ne savaient pas encore coudre les manches.
En effet, l'apprentissage du prêt-à-porter est difficile, mais le potentiel est là.
Qu’à cela ne tienne ! Voilà la patrone qui décide de monter à la capitale. Et comme Bécassine, elle a du cran ! Christian Lacroix sera le premier grand à lui passer commande. Suivront Givenchy, Hermès, Jean-Paul Gaultier, Kenzo, Dior, Lanvin, Yves Saint Laurent, Paco Rabanne... et bien sûr Chanel !
Ha, oui, vous avez noté que j’ai employé le verbe au passé ?
Ben, c'est à bon escient, car rien ne va plus pour Carmen ! Et çà se comprend. Voilà que la dame a osé se fâcher avec son principal client. Elle a assigné Chanel en justice. Mais quelle mouche a bien pu piquer cette vieille dame de 57 ans, mère de cinq enfants et sept fois grand-mère ?
Ben, vous allez juger par vous-même ! En mars 2005, en voyage à Tokyo, Carmen se rend par curiosité dans le nouveau magasin Chanel. Surprise, elle découvre cinq modèles confectionnés à partir d'un maillage en coton de sa création. En effet, neuf mois plus tôt, World Tricot a envoyé à Chanel un échantillon de mailles de crochet représentant ce même jeu de coquilles inversées. Et le studio parisien ne l'avait pas retenu.
De retour en France, n'obtenant aucune explication auprès de la société, elle décide de porter plainte pour contrefaçon et réclame 2,75 millions d'euros de dommages et intérêts.
Mais tout de même, vous imaginez l'affaire ?
Chanel coupable de plagiat ? Ce serait l'histoire de l'arroseur arrosé. Car, l'entreprise, on le sait, mène une lutte acharnée contre la contrefaçon.
Aussitôt, elle réfute l'accusation de World Tricot, évoquant un malentendu sur l'origine de la création : à partir du moment où elle fournit à ses sous-traitants des consignes d'exécution et des matières premières, nul autre qu'elle-même ne peut revendiquer la propriété d'un produit à sa griffe. S'estimant diffamée, Chanel réclame 500 000 euros à la PME pour "atteinte à l'image.
Et voilà : Carmen a engagé un défi colossal. A l'en croire, World Tricot aurait perdu tous ses clients ces derniers mois, dont Chanel bien sûr, mais aussi d'autres enseignes avec lesquelles travaillait la PME. Hasard ou corporatisme ?
Morale de cette histoire ?
Ben, l'expert mandaté par le tribunal de commerce de Paris pour démêler l'affaire ne rendra pas ses conclusions avant décembre. D'ici là, Carmen aura peut-être mis la clé sous la porte. Voilà une façon comme une autre de boucler la boucle. World Tricot restera dans tous les cas, une histoire de femmes et d'amour.
Vous n’êtes pas obligés d'y croire.
Ce qui compte pour ces femmes, c'est de l'avoir vécue.