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Marseille hier


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la peste de 1720 à Marseille

1 2 3 4 ... 6 Bas de page
nico3010 - #20 - 09 Décembre 2008 à 19:50:32
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Le musée des Beaux Arts n'est il toujours pas fermé dans le cadre de la rénovation du Palais Longchamp?

L'avenir appartient à ceux qui rêvent trop - gcm
hector - #21 - 09 Décembre 2008 à 19:57:53
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merci Charito !
je vais demander des bons d'achat FNAC au papa noel !

P'itin t'es favorisé toi, d'autres se seraient fait Modérer pour avoir cité une enseigne commerciale (pit être à cette heure les Modos  

  

il est vrai que j'adore  tes Post, plein d'anecdotes et une connaissance "encyclopédique"   de notre belle cité Applause  Applause
« Dernière édition: 09 Décembre 2008 à 20:00:24 par hector »

Le monde est un endroit dangereux, il faut de la chance pour en sortir vivant....


  " Bienheureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière"
stokofish - #22 - 09 Décembre 2008 à 20:08:51
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pruch'ella duri !




merci Hector j'ai changé le mot !
et pour le compliment ...j'en suis tout badé
tu dois te tromper de personne ?
moi je ne raconte souvent que du vécu et par contre je m'éclate sur les récits des autres forumeurs, de vrais romans sur marseille !
moi je suis plutot calé collines, calanques
tiens j'ai fait un wikiguide sur l'ile de riou, j'espère vous irez et aimerez, j'attends validation modos

“Plaisir de la vie... : 1. faire l'amour; 2. bien manger; 3. pêcher les maquereaux à la traine; 4. voir partir les enfants quand ils sont grands; 5. faire pousser des fleurs.”
Geneviève Dormann
Coco - #23 - 09 Décembre 2008 à 20:46:47
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Pétard, j'attend avec impatience de le lire ton article du Wiki, depuis que je me dis que tu racontes si bien nos calanques !!!
PS : c'est l'administrateur qui gère le Wiki, pas nous !

Et au fait, une précision pour Hector, on ne modère pas les forumeurs anciens qui citent une enseigne, mais juste ceux qui font de la pub, c'est pas pareil du tout !
 Wink 
Et non, on ne dort pas, on veille !
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« Dernière édition: 09 Décembre 2008 à 20:56:57 par Coco »

S'inventer une cause à sa mesure et la défendre hautement... quitte à en mourir mais gaiement !!! (Jean RASPAIL)
stokofish - #24 - 10 Décembre 2008 à 12:13:20
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pruch'ella duri !




on a beaucoup parlé içi de la peste à marseille, mais peu des raisons pour laquelle marseille a un jour férié spécial suivi en général par les adminsitrations, les banques, et accordé souvent par le maire aux écoliers: le "sacré coeur"

Anne-Madeleine crée en 1718, l’Association de l’Adoration perpétuelle qui aura son succès dans toute la région Provençale.
Mais à cette époque les gens s'éloignaient du seigneur.
Lors du Carême de 1718, le Saint-Sacrement était exposé dans l’église des Cordeliers, Jésus apparu dans l’Hostie à Anne-Madeleine et Dieu lui révéla "que si la ville ne se rendait pas à l’appel de sa miséricorde, Il la châtierait d’une manière si terrible que tout l’univers en serait épouvanté."

Elle informa l’évêque de Marseille, Mgr de Belsunce qui exhorta ses diocésains à la pénitence. Les Marseillais devaient se convertir, mais il n'eu que peu de succès....jusqu'en 1720 et cette épidémie de peste !
après l'arrivée du "Grand Saint Antoine ", le 25 mai, des milliers de personnes périrent du fléau. Marseille perdit la moitié de ses habitants : 38000 victimes.
Mgr de Belsunce continuait son action au milieu des morts et des mourants.
Anne-Madeleine suppliait Jésus, qui demanda "qu’on instituât une fête solennelle au jour qu’il s’était choisi lui-même pour honorer son Sacré-Cœur, et en attendant qu’on lui rendît cet honneur, il fallait que chaque fidèle se dévouât par une prière, au choix de l’évêque à honorer ce Cœur adorable".

vous savez ce qu'il advint ensuite.

“Plaisir de la vie... : 1. faire l'amour; 2. bien manger; 3. pêcher les maquereaux à la traine; 4. voir partir les enfants quand ils sont grands; 5. faire pousser des fleurs.”
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stokofish - #25 - 10 Décembre 2008 à 15:53:15
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pruch'ella duri !




j'ai trouvé dans un site d'archives (américain), une copie d'un livre de l'histoire de marseille, et on y trouve une partie sur la peste de 1720
Ecrit par l'avocat Augustin FABRE en 1829 (donc finalement 100 ans après)

trés instructif, un peu long donc à lire tranquillement (copié tel quel) pour les fanas d'histoire de marseille
et si vous voulez en lire + de ce livre http://209.85.129.132/search?q=cache:4ECyteoTEVcJ:www.archive.org/stream/histoiredemarsei02fabruoft/histoiredemarsei02fabruoft_djvu.txt+%22louis+gaufridy%22+marseille&hl=fr&ct=clnk&cd=15&gl=fr

DE M-YKSEILLE. 543

Belsùnce ! Belsunce ! nous ne voyons rien sous le soleil de plus beau que ton héroïsme.... Il va partout visiter les malades; on le voit tous les jours dans les tristes asyles de la souffrance et de la pauvreté ; on le voit dans les rues à travers les cadavres. Les pestiférés les plus misérables, les plus abandonnés, les plus hideux sont ceux auxquels il va avec le plus d'empressement. 11 se courbe sur les moribonds, recueille leurs soupirs contagieux, sans en craindre le poison mortel, calme leur désespoir , les exhorte à la patience , et les dispose à la mort en montrant à leurs yeux égarés les trésors consolants de la miséricorde céleste. Quelquefois ils expirent devant lui ; alors il leur ferme les paupières, et puis il va prodiguer ses secours a d'autres. Il donne tout son argent et met tous ses meubles en gage. Comme son palais est environné de cadavres amoncelés ' , il est contraint d'aller loger dans une maison, près de l'église Saint-Ferréol \ La peste l'y poursuit encore. L'ange exterminateur agite autour de lui un glaive infatigable, frappe à coups redoublés, moissonne ses officiers, ses domestiques et quelques prêtres qui le secondent. Mais il est toujours debout, notre évêque invincible; rien ne l'abat, rien ne l'ébranlé, ni ce qui soulève les sens, ni ce qui glace d'effroi les esprits les plus intrépides. 11 ne faillit pas un seul instant; ses forces semblent augmenter, et l'on dirait un courage qui tient plus du ciel que de la terre.

1 II écrivait à l'archevêque d'Arles : J'ai eu bien de la peine
de faire tirer cent cinquante cadavres à demi pourris et rongés
par les chiens qui étaient à l'entour de ma maison, et qui
mettaient déjà l'infection chez moi.

a C'était celle qui était occupée par le premier président du
parlement lorsqu'il venait à Marseille. Belsunce ne revint dans
son palais que le % avril 1721.

Il mourait plus de malades en un jour qu'on ne pouvait enlever de cadavres dans quatre. Les forçats vinrent à manquer , deux mille morts se trouvèrent exposés dans les rues, et la désolation fut à son comble. Alors les échevins en chaperon, accompagnés de quelques notables, de Roze l'aîné et de Rolland, les seuls intendants de la santé qui n'eussent pas pris la fuite, allèrent se jeter aux pieds de Leboutillier de Rancé, commandant des galères, et le supplièrent de leur accorder un nouveau renfort de forçats. De Rancé convoqua Vaucresson, intendant des chiourmes, et les officiers-généraux. Par convention du 6 sep- tembre, cent forçats, quarante gardes, quatre caporaux et quatre officiers de sifflet * furent mis à la disposition des magistrats municipaux qui
travaillèrent le lendemain à l'enlèvement des morts. Le chevalier Roze les seconda puissam- ment; il était toujours à cheval, et son activité semblait redoubler, depuis que de Pilles, retenu chez lui par une maladie , ne pouvait plus se livrer au mouvement de son zèle, ils parvinrent à nettoyer la ville ; mais restait l'esplanade de la Tourette ou gissaient depuis quinze jours, sous un soleil brûlant, environ mille cadavres sans forme humaine. Tous les sens frémissaient à ce spectacle épouvantable. Le chevalier Roze qui s'en approcha s'aperçut que deux anciens bastions attenants à l'esplanade étaient creux, quoiqu'ils parussent terrassés. 11 ordonna qu'on enlevât la voûte et trois pieds de terre qui la couvraient, et qu'on y jetât une grande quantité de chaux vive.
Ensuite il réunit les forçats et se mita leur tête. Arrivé avec eux sur la place de Lenche, il fit arrêter sa troupe, lui distribua du vin, en but lui-même sur son chapeau, fit ceindre la tête des galériens de mouchoirs trempés dans du vinaigre, descendit de cheval , s'avança vers le champ de mort, et prit par une jambe le premier corps étendu sous ses pas. Les forçats, encouragés par son exemple, travaillèrent avec ardeur; et tous les cadavres furent en peu de moments précipités dans les bastions '.
Le 1 2 septembre , le régent , instruit de l'affreuse situation de Marseille, donna le commandement de la ville et du territoire a Langeron , chef d'escadre des galères, homme éclairé, équitable et ferme. Le prince enjoignit aux intendants des provinces de fournir des secours. Toutes les grandes villes du royaume, rivalisant de gé-
nérosité, offrirent des tributs abondants; et les évêques ordonnèrent dans leurs diocèses des quêtes dont le produit fut consacré au soulagement
1 Tous les galériens périrent à peu de jours d'intervalle, à l'exception de deux ou trois. Roze n'essuya qu'une courte maladie.
de la plus cruelle infortune. Jean Law, alors tout puissant par son funeste système _, fit un don de 100,000 livres. Langeron, investi d'un pouvoir sans bornes, changea bientôt la face des choses. 11 employa quatre cents forçats au nettoiement des rues et à la désinfection des maisons, fit ouvrir de grandes fosses, établit des hôpitaux, ordonna que tous les droguistes, les apothicaires, les notaires ' , les sages - femmes ' , les officiers
municipaux, tous les déserteurs de la cause publique, eussent h revenir sans délai. Maille, professeur en médecine à l'université de Cahors, Boyer de Marseille et Labadie, jeunes docteurs envoyés par la cour, méritèrent cette marque de confiance par leurs talents et par leur courage. Trois chirurgiens de Paris arrivèrent aussi ; ceux de la province, piqués d'une noble émulation, vinrent s'offrir d'eux-mêmes. Chicoyneau, Verny et Michel, après avoir reçu l'ordre de la cour de rentrer à Marseille, y vinrent accompagnés de Deidier, autre médecin de Montpellier, et de Soullier, chirurgien du roi. Langeron, toujours a cheval, comme Roze, veillait à tout avec une rare prudence et maintenait une police active.  

■ Les malades mouraient sans pouvoir tester.
2 Les femmes enceintes, privées de leur assistance, succom-
baient dans les douleurs de l'enfantement.

On mit le feu au navire le Grand Saint-Antoine, on brûla toutes ses marchandises sur l'île de Jarre, et on enferma le capitaine Chataud dans une tour du Chàteau-d'If. La peste s'affaiblit vers la fin de septembre; mais une solitude effrayante continua de régner dans la ville où l'on ne voyait que quelques personnes, marchant à pas lents, le visage pâle et défait. On ne se parlait que de loin, et les hommes portaient des cannes d'une
longueur de huit à dix pieds, vulgairement appelées bâtons de saint Koch, dont ils se servaient pour écarter les passants et les chiens.
Le 9 octobre, les échevins recurent une lettre des consuls d'Avignon, qui leur apprenaient que le pape Clément xi avait ordonné dans toutes les églises de Rome des prières publiques et des processions solennelles où il assistait lui-même à pied pour supplier l'être suprême d'éloigner de Marseille l'affreux malheur qui la désolait; qu'il avait aussi publié deux brefs, dont l'un contenait des éloges pour l'immortel Belsunce, l'autre des
indulgences pour les personnes qui donneraient à boire et à manger aux pestiférés et à ceux qui étaient soupçonnés de l'être, ou qui leur ren- draient quelque autre service; que de plus il avait fait acheter dans la Marche d'Ancone 3,500 charges de blé pour les distribuer aux pauvres de la ville affligée.
Une jeune fille, livrée à des pratiques de dé- votion, tomba malade, et l'ardeur de la fièvre exalta ses idées mystiques. Elle dit a son confesseur que la mère du Christ lui «Hait apparue et lui avait déclaré que la peste cesserait quand les deux églises de la Major et de Saint -Victor , réunies dans une procession générale, expose- raient leurs reliques h la vénération des fidèles. Le peuple demandait h grands cris cette cérémonie, et les échevins supplièrent l'évêque de donner son consentement. Belsunce l'accorda sans peine, et fit dresser sur la place de la bourse un autel oîi il se proposait de célébrer la messe , après y avoir placé les châsses des saints. Estelle alla prier les chanoines de Saint-Victor de satisfaire aux vœux du peuple. Ceux-ci exigèrent, dans l'intérêt de leur juridiction et de leurs privilèges, que l'on élevât deux autels, ou que l'évêque ne célébrât pas la messe. Estelle s'efforça vainement de les fléchir; leurs prétentions furent inébranlables, et la procession ne se fit pas. Cependant le grand prieur Claustral et deux religieux, députés de son chapitre, vinrent à l'hôtel de ville ' pour déclarer que les motifs invoqués par l'abbaye ne devaient pas être consi- dérés comme un refus.
Le jour de la Toussaint, Belsunce, précédé de quelques prêtres, traversa la ville en rochet et en camail, nu-pieds, la corde au cou, tenant une croix entre les bras, et se rendit au bout du Cours ' ou Ton avait dressé un autel. Le peuple était prosterné. Belsuncc lui fit un discours pa- thétique, se mit ensuite h genoux, s'offrit à Dieu
comme une victime expiatoire, le supplia, en versant des larmes, de ne frapper que lui seul et d'épargner le reste de son troupeau. Ensuite l'héroïque prélat consacra la ville et le diocèse au Sacré-Cœur de Jésus; il célébra la messe , au son de toutes les cloches, et publia un mandement sur l'établissement d'une fête annuelle. Le \Gr novembre , Belsuncc assembla dans l'église des Àccoules les faibles débris de son clergé, lut les prières que l'on récitait chaque jour dans toutes les églises de Rome pour obtenir du ciel la cessation du mal contagieux; et après une exhortation attendrissante, il porta le Saint-Sacrement sur la terrasse au-dessus de la voûte de celte église , fit l'exorcisme contre la peste avec toutes les cérémonies prescrites par les règles ecclésiastiques, et donna la bénédiction h la ville et a son territoire.
On craignait encore la disette, malgré les sages mesures de l'administration et la générosité de quelques citoyens opulents. Constans et Remuzat employèrent leurs fortunes h l'achat de 20,000 charges de blé -, Martin, Grimaud et Béolan prirent volontairement pour les boucheries les soins les plus louables. Taxil, agent de la compagnie des Indes, remit aux échevins 1,600 marcs de matières d'argent et 20,049 marcs de piastres,
pour les convertir ex nouvelles espèces a la mon- naie de Montpellier.
On préparait des vaisseaux pour aller chercher du blé dans le Levant, lorsqu'on apprit ' qu'un des navires , sur lequel les ministres du pape avaient embarqué h Civita-Vecchia les grains destinés aux pauvres de Marseille, avait malheu- reusement fait naufrage à Porcherolles , et qu'on n'avait pu sauver que 300 charges qui arrivèrent à Toulon et qui furent de là expédiées h Marseille. Le dernier jour de celte année mémorable,
Bclsunce convoqua son clergé dans l'église Srànl- Ferréol, prit le saint ciboire, sortit processionnellement de la ville par la porte de Rome et rentra par la Joliette, après avoir traversé le terrain qui servait à la sépulture des pestiférés % lieu de silence et d'horreur, redoutable cercueil qui regorgeait de victimes, quoique la mort y
pressât les rangs 3 .

1 Le 23 novembre.

3 On avait creusé des fosses le long des remparts, depuis la
porte du Bernard-du-Bois jusques à celle d'Aix.

3 « Belsunce marcha sur des cadavres hideux, à moitié enterrés, pourris ou desséchés, les uns levant les mains vers  le ciel, les autres ayant un pied en l'air, un genou, ou une  épaule. On en voyait d'autres dans des postures indécentes et des attitudes horribles. Ainsi s'est terminée cette année, dont les historiens et les peintres ne donneront jamais qu'une faible idée et une imparfaite ébauche. » Manuscrit du père Giraud.

Dans les premiers mois de 1721 , on ne trouva plus de paysans pour cultiver les terres. On tira du palais de justice un grand nombre de crimi- nels, parmi lesquels se trouvait La Cassotière, économe de l'hospice des orphelins, et on les pendit suivant la teneur des sentences rendues par Langeron, assisté d'Estelle, de Moustiers, d'Audimar et de Dieudé. On renouvela la désin- fection des maisons* on brûla jour et nuit une quantité immense de hardes et de meubles : ce qui couvrit la ville d'une épaisse fumée et répan-
dit une odeur insupportable. La troisième fête de Pâques, Belsunce célébra encore la messe au bout du Cours.
Au 31 mai, les galères avaient fourni sept cent vingt- quatre forçats, parmi lesquels six Turcs esclaves. A la revue qui fut faite ce jour-là, il ne s'en présenta que deux cent quarante-un qui attendaient l'ouverture des passages pour retourner dans leur pays et jouir de la liberté qu'ils avaient gagnée au péril de leur vie '.
Quand les chemins furent ouverts, on retint sur les galères ceux qui n'exerçaient aucune industrie et qui n'avaient vécu que de brigandage. On donna une liberté entière aux autres.
En juin et en juillet, la mort tic quelques personnes répandit une terreur profonde. On redoubla de précautions, et au mois d'août, toutes les craintes s'évanouirent. Le 20, les églises furent ouvertes avec solennité ; et en septembre , il n'y eut plus aucune trace de peste. On porta, dans une procession générale, les reliques de saint Roch et toutes celles que l'on conservait à la Major. Langeron y assista, placé entre les échevins et précédé de quatre compagnies de troupes flaman- des. Le lendemain, on fit un acte déclaratif de l'état sanitaire de la ville, pour rassurer les provinces françaises et les nations étrangères.
Langeron sortit de Marseille le 29 novembre, et de Brancas, nommé au gouvernement de la Provence, fit son entrée dans Aix, portant l'ordre de la cour pour l'élection de deux nouveaux échevins à la place d'Estelle et d'Audimar. L'élection se fit le 1 er décembre; Pierre Remuzat et J. B. de Saint-Michel furent nommés.
La sécurité régnait dans tous les coeurs qui s'ouvraient a la joie, lorsque, le 4 mai 1722, un homme mourut subitement à la rue de la Croix- d'Or, et l'épouvante qui se répandit augmenta le lendemain par la mort de deux jeunes et jolies personnes, auxquelles on avait présenté quelques pièces de dentelles. Une femme fut aussi frappée de mort subite dans un café, près l'hôtel de ville ; deux autres femmes curent la même destinée,
l'une à la Grand'Rue, l'autre vers les Augustins. Le peuple consterné croit voir apparaître un nouveau germe de peste. Les imaginations s'échauffent; les religieux de Saint-Victor se retranchent encore dans leur abbaye ; les écoles publiques sont désertes; la citadelle Saint-Nicolas et le fort Saint- Jean lèvent les ponts-levis; les bouti-
ques se ferment ; mais les échevins les font ouvrir sous p'einc de trois mois de prison et de confiscation des marchandises en faveur des hôpitaux. Ils barricadent la rue de la Croix-d'Or, et s'efforcent de calmer les alarmes. Vains efforts ! On ne peut se faire illusion, car c'est bien la peste qui menace de dévorer ceux qu'elle a d'abord épargnés. Les habitants sortent en foule de la ville, et quelques-uns franchissent même les barrières
en-delà des murailles. Les soldats, préposés à la garde des passages, tirent sur les fuyards, et des élèves en médecine sont tués du côté d'Aubagne.
De Brancas rend une ordonnance qui défend aux Marseillais de sortir de leur territoire , sous peine de mort ; il enjoint aux malades de se décla- rer dans les vingt-quatre heures, sous la même peine. 11 tente ensuite de contracter un emprunt pour secourir la ville, et offre en gage ses terres, ses charges et ses pensions. Le marquis de Pilles donne toute sa vaisselle, évaluée à 10,000 livres. On ouvre dans le jardin de l'observance des fosses pour enterrer vingt mille morts, et on élève une potence au milieu du Cours pour contenir les malfaiteurs. La contagion s'annonçait avec des symptômes moins meurtriers qu'en 1720; cependant elle
enleva un grand nombre de malades; et parmi les religieux qui succombèrent, on regretta Jouvénne, clerc trinitairc, âgé de dix-huit ans, lequel, par ses talents précoces, donnait de bril- lantes espérances.
Dans ces circonstances, Louis xv, pressé par les instances des amis de Langeron, le nomma une seconde fois commandant général de sa bonne ville de Marseille. De Pilles, vivement affligé, jugea convenable de justifier sa conduite. Il con- voqua tous les notables à l'hôtel de ville, et l'as- semblée dressa, le 8 juin, un manifeste attestant que ce gouverneur avait pris les plus sages mesu- res pour éteindre la peste et pour prévenir tous
les malheurs. On envoya cet acte à la cour, et on le rendit ensuite public.
De Pilles ne voulut pas attendre l'arrivée de Langeron, et se retira , le 27 juin, dans son gouvernement des îles. Le commandant général fit le lendemain son entrée à Marseille. La maladie cessa bientôt; mais Langeron continua de maintenir, pendant plusieurs mois, toutes les mesures préservatives. Par un édit donné à Versailles, le 19 novembre, le roi ordonna l'enlèvement des barrières et la retraite des troupes qui formaient
le cordon sanitaire. Cependant les marchandises ne purent être exportées que le 27 mai 1723, et le même jour, on publia un édit royal qui per- mettait le libre commerce avec les îles de l'Amérique. Le 1 er septembre, le capitaine Chataud sortit des prisons du Chàteau-d'lf et parut en public sans causer la moindre émotion populaire. Le 4, Langeron partit de Marseille pour se rendre à la cour.
L'Europe entière était frappée d'une si grande terreur, que les relations commerciales n'y furent entièrement libres qu'au commencement de l'année suivante. En mai 1720, Marseille avait quatre-vingt-dix mille habitants. Cette peste horrible en enleva quarante mille dans la ville , et dix mille h la campagne l . Depuis lors le régime
sanitaire fut soumis à des règlements sages et sévères, et quoique la contagion ait plusieurs fois paru dans le Lazaret, les précautions constantes qu'on a prises l'ont toujours étouffée 3 .
1 Le dénombrement des morts fait officiellement ne s'élève qu'à 3o137 dans la ville et à 8,970 dans le territoire : ce chiffre ne peut pas être considéré comme exact. Comment les commissaires de quartier, chargés de ce travail, auraient-ils pu tenir rigoureusement leurs registres dans des conjonctures aussi désastreuses? Le médecin Bertrand, historien véridique de la peste, adopte le nombre que nous avons nous-mème adopté.
a Des signes de peste se sont manifestés au Lazaret de Marseille : en juin 1741, en mai 17G0, en mai 1768, en mai 1784, en janvier 1785, en 1786, en 1796, en mai 1819. En juin 1825, ce fléau parut à Pomègue : le capitaine du bâtiment la Sabine, venant de Seyde, et deux matelots moururent.

La fièvre jaune se montra pour la première fois au Lazaret en 1802 ; elle y fut apportée par le Colombia, vaisseau américain, capitaine Hallowel. Cette cruelle maladie y parut aussi en 1804 , en i8o5 et en 182 1.

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hermine - #26 - 10 Décembre 2008 à 16:06:41
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Marseillaise.




Terrible épisode de l'histoire de Marseille  mais ce texte est effectivement très instructif.

"C'est véritablement utile puisque c'est joli."
Saint-Exupéry, Le Petit Prince
hector - #27 - 10 Décembre 2008 à 18:10:41
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Et au fait, une précision pour Hector, on ne modère pas les forumeurs anciens qui citent une enseigne, mais juste ceux qui font de la pub, c'est pas pareil du tout !
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Moi qui voulais tourner çà sur le ton de l'humour, apparemment c'est raté  Brick wall  Brick wall ,pour une fois j'ai été pris au sérieux fiesta
 
C'était surtout que j'avais envie de féliciter STOKO pour ses remarquables contributions qui m'enchantent et, tout en me faisant revivre la Provence de mon enfance façon Pagnol, me sidèrent tant par la qualité que la  quantité de ses connaissances (ne le lui dis pas, il prétendrait encore que je me trompe de personne  !!

Entre toi  et lui, quelle équipe Applause  Applause


« Dernière édition: 10 Décembre 2008 à 18:20:23 par hector »

Le monde est un endroit dangereux, il faut de la chance pour en sortir vivant....


  " Bienheureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière"
stokofish - #28 - 17 Décembre 2008 à 12:45:03
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pruch'ella duri !




 Dancing  Dancing j'ai reçu livre "Belsunce et la peste de marseille" (1936) acheté sur ebay
j'ai acheté pour ma moman "le grand fléau" dont on a parlé au début du film et je vais acheter "sortez vos morts" vu aussi pas cher sur ebay
je serais incollable sur le sujet !
berkkkkkkkkkkkkkk !!!!

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Coco - #29 - 17 Décembre 2008 à 12:51:15
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Quand tu auras lu tout cela, tu nous en fera un petit résumé ?
 Anxious

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sourire - #30 - 17 Décembre 2008 à 15:36:49
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Dancing  Dancing j'ai reçu livre "Belsunce et la peste de marseille" (1936) acheté sur ebay
j'ai acheté pour ma moman "le grand fléau" dont on a parlé au début du film et je vais acheter "sortez vos morts" vu aussi pas cher sur ebay
je serais incollable sur le sujet !
berkkkkkkkkkkkkkk !!!!
Quand tu auras lu tout cela, tu nous en fera un petit résumé ?
 Anxious


Je ne sais pas mais en ce moment je ris d'un rien, c'est nerveux...................
et donc je me suis dit en vous lisant:
Vous nous faîtes ça avant ou après les Fêtes ..................................................................................................
 

puis "originaux" les cadeaux de Noël de Stoko tout de suite ça vous mêts dans l'ambiance Dancing
la 

"Grandi so l'ochji d'un babbu....."
Duve tu nasci, pasci.
Coco - #31 - 17 Décembre 2008 à 16:06:23
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Bravo, Sourire, j'avais pas relevé, mais sorti de son contexte, offrir "le grand fléau" à sa maman, çà peut être ambigu, si on sait pas qu'on parle de la peste de 1720 !
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stokofish - #32 - 17 Décembre 2008 à 16:17:36
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pruch'ella duri !




    
et oui, je suis allé à la FNAC, rayon des bouquins sur Marseille (elle adore elle en a une bibliothèque pleine !) mais c'est le seul sympa que j'ai trouvé, le pb c'est pas bien classé si tu sais pas exactement ce que tu cherches:
soit c'est dans le tourisme (des couillonnerie style le langage de marseille un classique)
soit dans régionalisme (pas grand chose en fait)
rien dans histoire (du moins pas classé marseille)
rien dans roman (idem)
j'ai trouvé par hasard "le grand fléau" en tête de gondole dans les nouveautés

maintenant je cherche par recoupement de mots (marseille, calanques...) dans ebay ou priceminister.
c'est comme cela que j'ai trouvé ce vieux bouquin sur Belsunce
et aussi en fonction actualité MF, par exmple cette affaire Gaufridy dans un autre fil, il existe plein de livres anciens vendus sur le net.


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Geneviève Dormann
Nikon - #33 - 17 Décembre 2008 à 16:49:28
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j'vous aime pô !




Est-ce que quelqu'un qui l'aurait vécu ne pourrait pas nous en parler ? ... BTBM ?  Mr. Green
stokofish - #34 - 19 Décembre 2008 à 10:12:48
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pruch'ella duri !




j'ai quasiment tout lu "belsunce et la peste de marseille" un livre de 1936  acheté sur le net.

j'y ai appris plein de choses, mais trop longues pour tout vous raconter içi.
le plus surprenant c'est que l'auteur remet en partie en cause la responsabilité du "grand st Antoine", en bref, quelques marins sont morts, mais avant d'aborder l'italie (avant marseille), ensuite le capitaine (emprisonné 3 ans pour le protéger du lynchage...) ainsi que les autres marins ne sont pas morts, que les autorités médicales affrétés sur le navire en Italie avaient conclu que ce n'était pas la peste, et qu'il y avait plein d'autres bateaux qui venaient "du levant" et abordaient marseille en même temps. de plus l'état sanitaire de la ville était horrible et favorable à cette maladie ENDEMIQUE à Marseille (notamment 1713 un petite épidémie).
Le problème en 1720 c'est que l'on a pas voulu officialiser cette maladie et que l'on a noyé le poisson en disant que c'était autres choses venant du manque d'hygiène des gens; En fait on voulait éviter la ruine de Marseille qui se serait vue isolée du monde économique en cas de peste avérée? De plus (tiens, tiens...) on était en pleine crise boursière et financière, l'année précédente LAW avait créé une banque en france, les gens placaient en actions, gagnaient des millions en quelques mois, et soudain, retournement de tendance, la crise, mais si on avait ajouté la peste c'était la catastrophe !
je me demande si "le grand fléau" n'a pas un peu le même fil, je me languis de comparer...
enfin une petite anecdote rigolote: le Régent alerté par cette maladie à marseille, demanda à son médecin de s'en occuper. ce dernier s'appellait...CHIRAC. il n'a pas voulu conclure à la peste, les marseillais qui étaient malafdes avaient transpiré et attrapé froid (en en est juillet...) et conseillait comme tous les médecins des purges et des saignées, soit une mort certaine...

à suivre !
« Dernière édition: 19 Décembre 2008 à 10:21:59 par stokofish »

“Plaisir de la vie... : 1. faire l'amour; 2. bien manger; 3. pêcher les maquereaux à la traine; 4. voir partir les enfants quand ils sont grands; 5. faire pousser des fleurs.”
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CocoB - #35 - 19 Décembre 2008 à 10:14:56
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Est-ce que quelqu'un qui l'aurait vécu ne pourrait pas nous en parler ? ... BTBM ?  Mr. Green

T'es pret à tout pour la faire revenir toi hein ? Mr. Green
nono13 - #36 - 19 Décembre 2008 à 11:57:22
Longo mai !
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au passage merci Mildiou pour avoir mis une option imprimer bien pratique qui ne garde que le texte et permet d'imprimer un post ! moi qui ne suis là que les week-end ça me permet d'imprimer tout ce qui m'intéresse et de le lire dans le train 

pour le wiki guide je n'ai pas trouvé j'ai trouvé c'est très intéressant et les photos sont superbes !

quant à moi j'en suis encore dans mon pavé 2600ans d'histoire pour l'instant !
« Dernière édition: 19 Décembre 2008 à 12:11:01 par nono13 »

de notre correspondant permanent à Sormiou : Nono
Coco - #37 - 19 Décembre 2008 à 12:04:47
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Citation
Le problème en 1720 c'est que l'on a pas voulu officialiser cette maladie et que l'on a noyé le poisson en disant que c'était autres choses venant du manque d'hygiène des gens; En fait on voulait éviter la ruine de Marseille qui se serait vue isolée du monde économique en cas de peste avérée? De plus (tiens, tiens...) on était en pleine crise boursière et financière, l'année précédente LAW avait créé une banque en france, les gens placaient en actions, gagnaient des millions en quelques mois, et soudain, retournement de tendance, la crise, mais si on avait ajouté la peste c'était la catastrophe !

Pétard, mais çà ressemble presque à aujourd'hui cette description ?

Dis, tiens-nous au courant au moins des détails qui sont un peu singuliers, çà m'intéresse !

S'inventer une cause à sa mesure et la défendre hautement... quitte à en mourir mais gaiement !!! (Jean RASPAIL)
Rillette - #38 - 20 Décembre 2008 à 15:38:18
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j'ai quasiment tout lu "belsunce et la peste de marseille" un livre de 1936  acheté sur le net.

j'y ai appris plein de choses, mais trop longues pour tout vous raconter içi.
le plus surprenant c'est que l'auteur remet en partie en cause la responsabilité du "grand st Antoine", en bref, quelques marins sont morts, mais avant d'aborder l'italie (avant marseille), ensuite le capitaine (emprisonné 3 ans pour le protéger du lynchage...) ainsi que les autres marins ne sont pas morts, que les autorités médicales affrétés sur le navire en Italie avaient conclu que ce n'était pas la peste, et qu'il y avait plein d'autres bateaux qui venaient "du levant" et abordaient marseille en même temps. de plus l'état sanitaire de la ville était horrible et favorable à cette maladie ENDEMIQUE à Marseille (notamment 1713 un petite épidémie).
Le problème en 1720 c'est que l'on a pas voulu officialiser cette maladie et que l'on a noyé le poisson en disant que c'était autres choses venant du manque d'hygiène des gens; En fait on voulait éviter la ruine de Marseille qui se serait vue isolée du monde économique en cas de peste avérée? De plus (tiens, tiens...) on était en pleine crise boursière et financière, l'année précédente LAW avait créé une banque en france, les gens placaient en actions, gagnaient des millions en quelques mois, et soudain, retournement de tendance, la crise, mais si on avait ajouté la peste c'était la catastrophe !
je me demande si "le grand fléau" n'a pas un peu le même fil, je me languis de comparer...
enfin une petite anecdote rigolote: le Régent alerté par cette maladie à marseille, demanda à son médecin de s'en occuper. ce dernier s'appellait...CHIRAC. il n'a pas voulu conclure à la peste, les marseillais qui étaient malades avaient transpiré et attrapé froid (en en est juillet...) et conseillait comme tous les médecins des purges et des saignées, soit une mort certaine...

à suivre !

Quand j'ai suivi le visite au Château d'If; le guide nous avait expliqué que parmi les nombreux prisonniers réels et imaginaires qui avait été enfermés sur l'île, un des vrais prisonniers fut justement le commandant du Grand St Antoine, et qui d'après lui ne méritait pas vraiment cette peine....
stokofish - #39 - 22 Décembre 2008 à 20:05:58
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pruch'ella duri !




coco je te prèterai ce bouquin si tu veux

“Plaisir de la vie... : 1. faire l'amour; 2. bien manger; 3. pêcher les maquereaux à la traine; 4. voir partir les enfants quand ils sont grands; 5. faire pousser des fleurs.”
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