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Improvisations ...

Invité · 87 · 23659

vanillablue

  • Invité
Attendre les confins de la capitale , Rovigo.  Atteindre et voir gagné d'une terreur encore plus immense , le chemin que nous gagnons ...

Nous fuyons notre village , vers quoi ? Un monde tout aussi gangrené de terreur ... Les habitants nous offrant un bout de pain sur leur propre misère sur le chemin , nous annonçaient que la terreur avait gagné le pays ...

Cette odeur de mort , cette même crainte , cette même effluve de sang et de putréfaction avaient embrasé la terre aussi loin que mes yeux pouvaient embrasser.

La moindre perspective étaitt morte en chemin ... Juste cette peur de la mort et même...

Survivre pour quoi ? Atteindre Alger et alors ? Je ne vivais un temps que pour ça ... Les mettre , nous mettre à l'abri ...

A l'abri de la mort ? Une fois atteint Alger , j'ai entrevu la grand poste ... Une bombe venait de sauter ...

La mort ne finira pas par nous quitter. Il n'y a pas d'abris ici , ou que tu ailles ... Si il ne te saisit pas au coin du sentier , elle te ceuillera au coin de la rue .

Survivre encore. 5 bouches à nourrir et plus l'ombre d'un arbre , plus une bête qui te nourrira ...

Ou nous sommes nous enfoncés ? Je ne sais, mais ils sont des milliers comme nous a chercher leur subsistance dans les rues d'Alger ....

Nous essayons chaque jours de survivre , de nos abriter dans des barraques de chantier avant de nous faire expulser... Et quant la nuit gagne , ne pas se faire remarquer , se terrer comme des rats en attendant que le couvre feu laisse place au jour. Sans être rassurer.

J'ai vu les joues de ma mère fondre. Ses joues creusées , ces cernes , ces cheveux blanchis, ma mère hier si rassurante et voluptueuse n'est plus qu'un cadavre. Un cadavre qui se force à sourire .Elle coupe sa maigre part de nourriture pour nous. J'ai appris à ne plus ressentir la faim et à casser mon bout de pain aussi ... A entendre les petites crier dés qu'une déflagration se fait aussi ...


« Modifié: 08 mars 2009 à 18:59:26 par vanillablue »


vanillablue

  • Invité
Et je me souviens de ma maison. La maison qu'avait construis mon grand père. Bien au dessus des autres , au milieu des arbres...  Si on avait froid il suffisait d'allumer le feu. Si on avais soif il suffisait de t'abreuver... Si on voulais pleurer il suffisait de se souvenir ...

Il suffisait ... De bien piètres souvenir , il ne nous reste plus que ça. On n'a plus le droit de pleurer , juste d'affronter... Loin de notre terre dans notre misère...

Nous en étions arrivés à mendier à la sortie des mosquées ...

Quel avenir chercher ... Mes pas à ce moment ont finit par basculer... Je ne sais ... Aux images d'une prospérité, au loin ces gens qui avaient à manger , je finissais par céder.

Et cette idée , de vouloir nous faire subsiter. Comme eux les immigrés , que je voyais , gavés. Revenir ces années , les bras chargés de cadeaux et de mets ...

Et nous nous voilà là gisant dans notre mendicité ...
« Modifié: 08 mars 2009 à 19:02:43 par vanillablue »



vanillablue

  • Invité





Le cafard et le papillon



C'était un de ces jours que l'on maudit par tous les dieux et par la pluie. Gris. Asphalte , bitume , ciel, même les chalants semblaient participer à la monochromie.

Il était de ces espèces discrètes , fluet , il pouvait disparaitre au coin d'une rue et se fondre au milieu des gens gris. Rien ne le distinguait , et la distinction n'était pas son soucis. Allant d'un pas constant et rapide , on ne sait ou. La foule l'épousait bien mieux qu'une femme n'avait su l'aimer.

Il était pourtant capable de parfois s'arrêter, sans réellement s'attarder. Quelques minutes , pour parler sans jamais s'impliquer. C'était une fuite permanente. Vers on ne sait quoi.

Je l'appellais Gabo *. En souvenir de la belle endormie de l'avion**. Rencontré par hasard , suivant une même route et s'en allant comme d'un rien. Et laissant l'auteur fébrile pour un temps.

Je n'ai rien gardé de ce jour pluvieux , si ce n'est le souvenir de sa délicatesse. Léger papillon , se posant. Illumine un court instant le gris ambiant d'une magie subtile.

Une odeur de printemps, une beauté juvénile et des grâces d'enfant. Les enfants son vivaces et ne se concentrent jamais trop longtemps . Leur émerveillements durent un temps , ils courent de points en points.

Les papillons s'envolent aussi.

Emportant avec eux la chaleur. Butinant au grès. Reprenant le printemps alloué. Et tout redevient funeste.

Le papillon n'a de sens que parce qu'il est éphémère et libre. Il ne s'égare jamais à trop s'attarder. Inutile d'essayer de l'attraper. Je n'avais pas des airs d'entomologistes assez poussé pour me priver de l'observer.

Je laissais donc Gabo s'envoler. Le recroisant , butinant au vent, suivit de prés par une entomologiste tendrement araignée, qui tisse des filets à papillons.

Femme arachnide, charmant à foison. Peut être as tu tétanisé le papillon ? Je ne sais , si ton poison a été assez fort. Mais j'espère que tu le laissera voler.

Je laisse là les insectes altiers et je retourne dans ce monde gris.

Les insectes d'en bas dont je fais partie , aiment le gris. Grouillants , malaimés , ils n'inspirent aucune beauté. Bien a l'abri sous leur carapaces fragiles, il se laissent aller parfois à rêver de ces insectes d'en haut , léger, volant, envoutants.

Le cafard ne s'attarde jamais trop à regarder , trop de chaussures à esquiver, tétanisé par la peur de se faire écraser. Il vit dans la terreur et ne se laisse pas aller trop longtemps à réver. Pourtant je ne regrette pas de l'avoir fait.

Le papillon s'en est allé , le cafard est retourné se terrer. Ainsi la vie suis sa continuité.

Tout est gris.



* surnom de Gabriel García Márquez.
** Douze contes vagabonds .
« Modifié: 01 avril 2009 à 01:09:05 par vanillablue »


Coco

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J'aime pas le gris,  :smt011  mais j'aime les papillons et j'aime Gabriel García Márquez !  :smt023


vanillablue

  • Invité
Complainte de l'assoiffé

J'ai vu cet astre luisant
Trop fort ! écrasant, brulant.
Tant, la terre brulait
Rien ne poussait.Gémissant
J'ai fini par le supplier.
Mais il n'a pas daigné
Une seconde m'abreuver.

Chemin faisant j'ai fini
Par suivre un chameau.
Lui savait ou l'eau jahit
Rampant, je criais "Mon beau
Je prie devant toi ! Mène moi."
Mais fier comme un roi
il me laissa là.

Fatigué , je me révoltais
Et ne finis par ne plus croire.
Je me suppliais de trouver
et me perdait en rêves illusoires.
J'étais au supplice , mais de quoi.
Je finis par m'en vouloir à moi.
Je n'étanchais pas ma soif en soi.

A moitié mort j'ai fini par croiser
un autre assoiffé sans âme
Je l'implorais de m'aider.
Ensemble nous nous relevâmes.
Cherchant, je finis par l'épauler.
Toujours plus assoiffé , mais
Heureux de pouvoir partager.


Nous n'étions déjà plus ,
en haut de ce sommet.
Il ne restait plus qu'à prier.
Qui, quoi je ne sais plus.
Nous nous mîmes à prier Tout.
Et entrevîmes le bout ...
D'un palmier qui nous narguait.



http://www.deezer.com/track/312913

Ne me demandez pas j'écoutais juste ça , il en résulte ça !  :roll:  :smt102   :smt017  :smt031
J'y ai vu les mesures d'un chameau  :-k  Je sais pas quant c'est bien trop rapide pour un Hamd :

http://www.deezer.com/track/207219

C'est ça un hamd.  :mrgreen:

 :smt102  Tant pis, c'est bien une improvisation :

Un délire soufi : l'homme prie ce qu'il voit car il ne maitrise pas , finit par ne croire qu'en lui , puis en nous, et finalement en Tout .
Moi , nous , Tout ( Il ) une seule idée. L'homme n'est qu'une composante du Tout ( Dieu , nature appelez le comme vous voulez ).

Tu commences à voir le Je , puis tu finis par croire à Nous et tu entrevois le Tout. Chacun indissociables , composante du même élément. Caché par autant de voiles ...

Je , nous , Il ... La même chose.

Mais encore faut il croire avant à ce nous ... Seul à croire dans son coin on est rien , on pourrait pourtant former ce Tout...  :smt011  Ca s'appelle aussi l'amour ce grand tout  :smt102  :roll:


« Modifié: 12 avril 2009 à 20:33:29 par vanillablue »


vanillablue

  • Invité
Son apparence fantomatique, grand gamin fluet , le cheveux paille sous la casquette vissée.

Attend.

Je m'approche , il s'évanouit et se dérobe .

Je vais .

Il revient au petit matin , laissant dans ma bouche un goût de chagrin .

Rien.

Souvenirs qui font frémir, rien de pire , sourires et plaisir.

Rires.

Dix sept ans d'agonie sans lui, et pourtant je vis.

Survis.




 

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