Marseille Forum

Les ESCOUBIERS

stokofish · 9 · 2026

stokofish

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"...Marseille a une réputation légendaire de ville particulièrement sale, "la ville est l'une des plus malpropres d'Europe" selon un voyageur Anglais. Les observateurs ne manquent pas de s'indigner de la malpropreté de la ville etde l'odeur nauséabonde qui y règne...
Le relief de la ville et l'étroitesse des rues ne facilité pas les opérations de ramassage des immondices. Les ordures s'accumulent donc partout, ce qui nuit à la salubrité publique bien sùr, mais surtout, constitue une menace permanente pour le port en cas d'orage...
Pourtant, de grands efforts sont consentis pour assainir la ville...les règlements de police se multiplient qui interdisent à toute personne de jeter les ordures sous peine d'amende....Mais les ordures ménagères s'accumulent contre les remparts de la ville...
Les édiles marseillais n'arrivent pas à modifier les comportements, et ils ne parviennent pas non plus à mettre en place de service de ramassage véritablement efficace....
Les détritus sont triés par des "escoubilliers" (note stoko: ou escoubiers du Provençal Escoubo: le balai)...sélectionnant les détritus à l'aide de petits balais pointus.
Les marseillais entreposent leurs ordures dans la rue et interdient aux escoubilliers d'y toucher...
Un agent est nommé par le conseil de la ville pour assurer le balayage des rues et l'enlèvement des ordures. Ce service bénéficie d'un financement annuel spécifique...
L'administration municipale tire un certain bénéfice de ce transport de détritus puisqu'elle prélève une taxe sur les chargements. Il y a donc une véritable "économie" de l'ordure qu'il s'agit de préserver, même si cela s'avère préjudiciable à la salubrité publique ou au fonctionnement du port.
La municpalité tente alors de confier le ramassage des ordures à un entrepreneur privé, mais on assiste à des échauffourées entre l'ancienne corporation et les employés de ce service de ramassage...la municipalité est obligée de céder, et trés rapidement la ville se dégrade à nouveau.
..."

etc etc etc
bel article sur notre ville, n'est ce pas ???
on s'y croirait
et pourtant, nous sommes au ................13e siècle ! en plein moyen-age !

En effet, j'ai hésité à la rubrique où classer ce petit bijou de livre sur l'histoire de l'eau à Marseille, avec ce passage sur l'état et l'entretien de la voie publique dans l'histoire: Marseille-bordilles; livres, actualité, humour...??

c'est du copié-collé avec 2010 et la récente actualité de notre ville: les escoubiers fouillant dans les poubelles avec leurs crochets, les corporations rejettant une modernisation ou privatisation de leur activité, la municipalité virevoltant sur les solutions, les remarques des touristes...
cela m'a bien amusé (faute d'en pleurer...) !

De Pierre VIDAL-NAQUET "Les ruisseaux, le canal et la mer; Les eaux de Marseille" ed l'Harmattan
(emprunté biblio bonneveine)

avec en parallèle une superbe approche des changements sociaux dùs à l'arrivée de l'eau au 19e, du moins de la réduction des inégalités sociales, et de la fin des bastides au sens placement immobilier.
En effet, jusqu'au milieu 19e les riches négociants et bourgeois placaient véritablement leur argent dans le construction achat-revente de bastides et de grands terrains, une véritable spéculation effrénée mais en aucun cas une volonté d'acheter pour y vivre en famille pendant des générations. Une bastide changeait de main tous les 5 voire 10 ans. L'eau, les bassins, les fontaines faisaient la valeur de ces bastides.
Et puis, le canal, l'eau en 1849 modifie complètement les rapports: chaque petit propriétaire, paysan, peut accédre à l'eau, il peut "rivaliser" avec la bastide où l'eau aménée à prix d'or, faisait la valeur initiale. Les propriétaires de bastides changent alors de tactique spéculative: ils morcellent leurs propriétés à la revente, la bastide elle-même ne vaut plus grand chose. C'est d'ailleurs de cette période que date la mise en place de la vente au M2 car jusque là c'était à l'hectare !

bref, une bonne leçon d'histoire sur notre ville, à méditer...



« Modifié: 16 novembre 2010 à 10:01:18 par stokofish »


Charito

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En espagnol : escoba = le balai, c'est très proche du provençal  ;)

Je vois que la spéculation (je fais référence aux bastides) a pris toutes sortes de formes et s'est installée très vite dans le paysage économique.

Donc en fait, les bourgeois achetaient des bastides pour placer leurs fonds et souvent c'étaient des bâtiments abandonnés, dans l'attente d'un nouvel acquéreur : je ne peux m'empêcher de penser que c'était encore un beau gâchis ...


chris3

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Pour la saleté, j'imagine qu'au XIII siècle toutes les villes étaient dégueulasses.

Je ne sais donc pas si le classement de notre voyageur est très crédible.

Autrement le parallèle entre le ramassage des bordilles à l'époque et maintenant est saisissant !

Enfin, merci pour ce texte Stocko !!
« Modifié: 15 novembre 2010 à 18:51:24 par chris3 »


Coco

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On s'y croirait en effet, belle trouvaille !  :smt023


Charito

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Pour en revenir aux escoubiers : la collecte des détritus de toutes sortes constituait une source de revenus car ces détritus étaient vendus comme engrais aux paysans. D'autant plus que peu à peu, leur travail s'est limité à la collecte et à la revente (et non aux transport ) car les cultivateurs venus en ville vendre leur production s'en retournaient sur leur terre avec les déchets destinés à la bonifier : ce qui dispensait les escoubiers de faire le transport.

Le défaut d'hygiène publique a été pendant plusieurs siècles la cause des maladies et mortalités galopantes.

La recherche biologique aurait pu mettre en évidence le lien entre défaut d'hygiène et maladies mortelles mais pendant tout le Moyen Age c'est l'église qui s'est opposé à toute recherche et expérimentation sur des corps vivants ou morts.


Coco

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:? Ben, deux gros avantages quand même : ils recyclaient au moins, et puis, d'un côté, çà évitait aussi la surpopulation ce manque d'hygiène !  :-''


chris3

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"La recherche biologique aurait pu mettre en évidence le lien entre défaut d'hygiène et maladies mortelles mais pendant tout le Moyen Age c'est l'église qui s'est opposé à toute recherche et expérimentation sur des corps vivants ou morts."

réponse :

L'Eglise n'est pas la cause de tous les malheurs de l'Humanité ---

Pour l'anatomie, je ne sais pas si c'est vraiment l'Eglise qui s'opposait à la dissection de cadavres, mais ce genre d'étude n'aurait pas changé grand chose à la prise de conscience de l'existence de micro organisme pathogène.


Charito

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L'Eglise n'est pas la cause de tous les malheurs de l'Humanité ---

Pour l'anatomie, je ne sais pas si c'est vraiment l'Eglise qui s'opposait à la dissection de cadavres, mais ce genre d'étude n'aurait pas changé grand chose à la prise de conscience de l'existence de micro organisme pathogène.

Ce lien ne dit pas que l'Église est la "cause de tous les malheurs de l'humanité" mais en ce qui concerne l'hygiène et "l'existence de micro-organisme pathogène" pas de doute : il y a bien eu un frein sérieux :

"l'Église s'employa à étouffer la recherche scientifique à telle enseigne que des savants parmi les plus éminents virent leurs écrits détruits et furent considérés, au péril de leur vie, comme des hérétiques.

 Dans ces conditions, on ne peut guère entrevoir comment les indispensables découvertes en microbiologie auraient pu être faites, qui auraient permis de vaincre les fléaux endémiques. "

Le lien en question : http://marius.autran.pagesperso-orange.fr/glossaire/tome1/toupines.html

« Modifié: 29 novembre 2010 à 18:10:50 par Charito »


stokofish

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  • pruch'ella duri !
les bordilles étaient laissées dans la rue, mais les propriétaires de bastides à la campagnes, ne voulaient pas que ces détritus soient pris par d'autres, ils interdisaient d'y toucher, car ils se les gardaient pour leur propre compost et voulaient les meporter quandf ils iraient. Donc en attendant, ces saletés restaient dans les rues devant leur immeuble.
On imagine les scènes dans ces rues après des orages ou de fortes chaleurs.
pour imaginer suffit de regarder photos d'il y a 1 mois (!! ;) )


 

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